La dépression provoque une détresse émotionnelle intense qui interfère avec la vie quotidienne, la vie familiale et professionnelle. Cette maladie touche 15 % des Belges et certaines personnes y sont plus facilement sujettes.
C’est le cas des personnes malades qui ont un risque 8 fois plus élevé de rencontrer des problèmes dépressifs ou d’anxiété.

« Le temps s’est accéléré d’un coup et c’est tout mon futur qui bascule
Les envies, les projets, les souvenirs, dans ma tête y’a trop de pensées qui se bousculent.
Le choc n’a duré qu’une seconde mais ses ondes ne laissent personne indifférent
« Votre fils ne marchera plus », voilà ce qu’ils ont dit à mes parents
Alors j’ai découvert de l’intérieur un monde parallèle
Un monde où les gens te regardent avec gêne ou avec compassion
Un monde où être autonome devient un objectif irréel ».
Ces paroles du slammeur Grand Corps Malade expriment avec force et vérité comment l’apparition d’un handicap change radicalement la façon de vivre de la personne.
Dans notre société qui prône la performance, la rentabilité voire l’« euphorie perpétuelle » , connaître un passage à vide est considéré comme le mal à éviter et à dissimuler à tout prix. Pour lever le voile sur une maladie encore trop « tabou », Altéo Brabant wallon a organisé une conférence à Tubize en juin 2008 avec la collaboration de la Ligue belge de la dépression et du Docteur en psychologie David Tordeurs.
Avec pour thème : handicap, maladie et dépression, cette conférence a eu le mérite de soulever les liens étroits entre santé physique et mentale. « La polyarthrite rhumatoïde n’affecte pas uniquement le corps mais aussi l’esprit » confie Christine, 33 ans. « Elle nous vole notre personnalité et nous force à vivre autrement que nous l’aurions voulu. Et c’est dur de vivre avec un ‘autre moi’ ». Cet « autre moi » met rudement à l’épreuve les capacités d’adaptation et d’autonomie. La maladie est souvent perçue comme aliénante au sens propre du terme. Certaines personnes malades chroniques disent « ne plus s’appartenir » car la maladie les prive du contrôle sur leur propre corps.
La maladie bouleverse aussi le rapport au temps. Certaines pathologies - notamment les maladies rares ou celles dont l’espoir de guérison est faible - empêchent la personne de se projeter dans le futur « Qui sait où, quand, pourquoi et comment ? » interroge Grand Corps Malade. Mais, « la faiblesse physique [peut devenir] une force mentale » poursuit-il. « Paradoxalement, en brisant l’utopie inconsciente de l’immortalité, la maladie chronique tend à changer si ce n’est le sens, du moins la tonalité de la vie. L’existence ne devient pas forcément tragique, mais en tout cas moins insouciante, plus réfléchie et ce faisant dans une certaine mesure plus humaine » affirme André Grimaldi, chef de service de diabétologie à l’hôpital Pitié Salpêtrière à Paris.
Le philosophe Jean-Luc Longneaux nous invite à lutter contre « l’ordre du monde actuel » qui impose une culture perpétuelle du bonheur et de la perfection. Cette « idéologie sociale » selon laquelle nous devons toujours être efficaces, productifs, heureux et en bonne santé exclut les personnes les plus vulnérables, à savoir les personnes malades, âgées et handicapées.
Face à ce devoir de bonheur, la personne dépressive, malmenée par les aléas de la vie, se sent marginalisée et honteuse. Pourtant, la dépression est souvent salvatrice car elle aide la personne à dire ce qu’elle vit et à prendre du recul. « Le jour où je suis sorti de ma dépression, c’est le jour où j’ai appris à m’aimer ». Ce témoignage de la Ligue belge de la dépression apporte un autre regard sur cet épisode de la vie. Après le temps de l’orage, où la personne se sent envahie par des torrents d’émotions, la dépression peut, en effet, être vécue positivement. « C’est une traversée qui m’a permis de mieux me connaître, de me renforcer et de mieux comprendre les autres » témoigne une patiente. Peut-être le phénomène dépressif est-il là pour nous rappeler le besoin de chaque être humain de s’arrêter un temps pour renouer avec lui-même ?
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